Art-Thérapie (nouveau blog)

Ce nouveau blog, dans la suite du précédent, rend compte des réflexions et des découvertes souvent jubilatoires rencontrées au cours de ma pratique d’art thérapeute par des écrits au jour le jour et des textes plus théoriques.

L’art thérapie comme le travail créateur n’a de sens que si on se maintient dans une recherche toujours vigilante et vivante.

Vous trouverez des informations sur l’Auteur du Blog, Mon parcours, les buts de ce blog dans Pourquoi et les renseignements sur Les ateliers pour adultes et les stages

A lire:
L’art-thérapie de Jean-Pierre Klein Edition PUF 2001 dans la collection Que sais-je
Revue Art & Thérapie
A visiter:
- site de l’INECAT
- site de la fédération des arts thérapeutes
- site lié au Blog
- voir aussi la suite historique de ce blog (nombreux articles)

Filippo Lippi La vierge à l’enfant emmailloté vers 1450
89 x 64 cm détrempe sur bois
Thème de la maternité centrale pour lui ; C’est une des iconographies les plus célèbres et elle connaît de multiples représentations.
La place du religieux à son époque tout nous en sépare mais ce n’est pas une vierge en gloire, ce n’est pas une Vierge de Majesté car elle n’a pas d’auréole, c’est une vierge d’humanité.
La vierge à l’enfant emmailloté
Vous êtes devant une image, fixée dans sa matière et son iconographie : la vierge à l’enfant ; thème, donc, classique s’il en est.
La vierge dans l’annonciation, dit à l’ange Gabriel « qu’il m’advienne selon ton verbe ».
Dans les vierges à l’enfant, le verbe est advenu, l’enfant est né. Nous sommes devant ce mystère absolu de la foi chrétienne qui rejoint le mystère de notre condition humaine même sans la croyance en un dieu. Ce mystère, c’est celui de l’incarnation.

St Bernardin dit dans son sermon : l’incarnation c’est le moment où le créateur vient dans la créature, mais aussi l’infigurable dans la figure, l’invisible dans le visible, l’impalpable dans le tangible, le contenant dans le contenu etc.
Est-ce que ce mystère de l’incarnation n’est pas aussi au cœur de l’art ?

Je suis à la recherche d’une petite ouverture du temps où le tableau du 15éme et moi, en 2010, cherchons à sortir de cette impossible congélation de nos places : moi, sujet et le tableau objet de mon attention respectueuse et un peu affolée, contrariée devant, ne sachant quoi en faire de ce moment. Résistant même à trouver une satisfaction trop rapide dans la finesse de la peinture, dans la beauté un peu hiératique de la Vierge ou dans l’emmaillotage curieux de l’enfant avec son petit volant rouge charmant au niveau des pieds qui laisse les petits orteils à l’air.
(more…)

A propos de Vermeer

La lettre d’amour

soit on regarde le tableau en se disant que la composition favorise agréablement la mise en relief de la scène éclairée grâce aux 2 pans d’ombre qui l’encadrent. Voilà une posture assez classique de spectateur : je regarde et ne bouge pas de place. Le temps de la scène est immobile et je peux, bien sûr, apprécier le tableau.
Ce procédé de 1er plan dans l’ombre est assez commun à l’époque et courant dans les tableaux de Vermeer mais ne justifie pas suffisamment, il me semble, pourquoi Vermeer qui est un très grand peintre aurait laissé les 2/3 du tableau à peine peint ! Je ne peux me contenter d’une si maigre explication ! D’ailleurs, dans l’affiche qui annonçait l’exposition de l’âge d’Or Hollandais, on montrait le tableau en recadrant sur la scène éclairée, ces 2/3 de tableau semble bien encombrant !

La perception de l’espace est un défi en peinture mais la perception du mouvement et donc du déroulement du temps sont des défis aussi grands!
Ce tableau a pour titre « la lettre d’amour » ; Le temps en amour est une épreuve constante : c’est celle de l’attente, l’attente de l’aimé et ici l’attente de la lettre.

La servante est venue quelques minutes avant du 1er plan du tableau, là où nous nous tenons ; si on imagine la servante, laissant sandales et balai pour chercher la lettre et l’amener à sa maîtresse, nous pouvons entrer dans le tableau en venant à sa suite par le chemin qu’elle a pris pour donner la lettre dans un zoom avant de notre regard encadré par les pans d’ombre, ce mouvement de notre regard nous fait sentir toute l’intensité de l’attente enfin comblée dans le regard reconnaissant que la maîtresse adresse à sa servante.
La scène absente est toute contenue, dans le mouvement que nous faisons vers la scène éclairée. Notre regard, porté par la mise en scène de ce qui est visible, réactualise par son avancée la scène invisible.
La scène finale que Vermeer a choisi de peindre est l’aboutissement d’un fragment du temps, qui a eu lieu juste avant, celle où elle venait la lettre à la main. La profondeur qui nous sépare, du seuil aux 2 dames est plus qu’un espace, c’est un fragment du temps déroulé, du temps à parcourir par la servante. Notre regard ouvre une boite à musique ; on écarte ainsi les 2 pans d’ombre de la scène précédente qui se rejoue à chaque fois.
Du coup, le tableau et notre regard s’anime d’un même mouvement, de ce déroulement intensément émouvant de l’attente et, mine de rien, donne bien plus de saveur et d’émotion à ce que nous regardons.
Extrait d’une conférence donnée à la Halle St Pierre en mars 2010

A propos de Durer
L’œuvre, à défaut d’être une porte, est une fenêtre sur laquelle le spectateur se penche, pour voir sur quoi elle donne…
Sachant que cette fenêtre qui « donne » au dehors peut renvoyer secrètement le spectateur à lui-même : la fenêtre peut être alors, au rythme d’un battement de paupières, aussi un miroir.

Saint Jérôme

Dans ce double rôle du tableau comme fenêtre/miroir, Durer piège le spectateur : dans le St Jérôme ( 60x 48 cm – Lisbonne – 1521), si vous voyez le tableau comme un miroir, la tempe droite de St Jérôme renvoie à votre tempe gauche de spectateur qui peut, dans ce 1er temps, se refléter dans Saint Jérôme et nous fait méditer sur la brièveté de la vie à travers cet exemple représenté du saint, lointaine méditation douce assourdie par la distance de la représentation mais, Durer semble dire : je ne te laisserais pas dans l’illusion que tu pourrais tranquillement être face à Saint Jérôme et être juste dans cette inversion du miroir de la droite devenant la gauche car cette méditation sur la brièveté de la vie te concerne de manière beaucoup plus féroce et directe ; saint Jérôme semble ignorer le face à face trompeur. Il semble dire au spectateur avec ses yeux tournés vers la droite de baisser les yeux vers le crâne car, s’ il s’appuie sur sa tempe droite et désigne la tempe gauche du crâne, c’est parce que le tableau est une fenêtre, et il n’y a pas d’ambiguïté, il désigne bien la tempe réelle de celui qui regarde et qui, d’une certaine façon, est présent dans l’espace du tableau: ce n’est pas moi qui suis un saint représenté que tu dois regarder. Ne vous méprenez pas, si vous aviez l’envie de ne voir qu’une représentation de St Jérôme méditant sur sa propre mort, l’inversion à l’intérieur du tableau, ne s’éclaire que si je désigne cette tempe du crâne près de moi, c’est bien de vôtre tempe dont il s’agit plus que la mienne. Il désigne au spectateur sa mort future.
Si je ne désigne pas le même coté de la tempe sur le crâne que sur celle sur laquelle je m’appuie, c’est parce que c’est le crâne qu’il faut voir et qui sera le tien car c’est de ta tempe dont il s’agit, c’est bien de ton futur crâne-squelette qu’il s’agit, toi qui es là face à moi ; c’est toi vivant devant moi qui va mourir !

Nous voyons bien la différence entre représentation qui renvoie le tableau à lui-même, à ses propriétés formelles et nous, à notre place distancée de spectateur et la présentification, néologisme inventé par Pierre Janet (1859 - 1947) , philosophe, psychologue et médecin et repris par des historiens d’art comme Louis Marin qui amène le spectateur à faire partie du tableau, qui l’oblige à s’impliquer en lui interdisant le moyen de se défausser.
Extrait d’une conférence donnée à la Halle St Pierre en mars 2010

Le corps bleu

Ce qui frappe chez cette petite fille un peu étrange, plus que sa manière raide et étroite de se mouvoir, c’est sa voix monocorde, terne, sans modulation avec un visage figé sans expression. Elle commence les 1éres séances à dessiner de manière sage avec pourtant une certaine inventivité dans les choix de couleurs ou la composition. Progressivement au cours des séances, elle raconte ce qui lui arrive: très souvent des histoires d’incendie, d’accident qui déclenchent de la peur dit-elle; mais sa manière de raconter est neutre et sans affect…

Les poissons bleus

« Pourquoi les gens me regardent méchamment ? » nous dit-elle
un jour. (more…)

Les ateliers

POUR QUI ?

  • Adulte sans pratique artistique désirant expérimenter ses possibilités créatrices.
  • Personne en thérapie, “en recherche” ou/et confrontée à la maladie voulant développer ses propres forces d’expression avec le désir de renouveler le rapport à elle-même.
  • Adulte cherchant à redonner du sens à son expérience de création.
  • Etudiant en Art Thérapie ou professionnel de la Santé souhaitant
    approfondir les liens entre processus psychiques et processus de création.
  • OU?

    En proche banlieue parisienne, à Malakoff, accessible en métro ligne 13
    Ou/et dans les locaux de l’INECAT 27 Rue Boyer 75020 Paris. Métro: Gambetta.

    COMMENT ?

    Médiations abordées : peinture, dessin, collage, terre, création dans l’espace.

    Moyens : Exploration perceptive, relaxation, visualisation, mouvement sensoriel.

    COMBIEN ?

    SESSION D’EVOLUTION PERSONNELLE

    Deux séances par mois le lundi de 19h à 22h.
    Session de 12 séances avec un groupe de 7 Personnes maximum.

    Cet atelier est organisé autour de consignes incitatrices.
    Engagement pour toute la session : 450 Euros + 50 Euros matériel de base.
    Séance d’essai : 40 Euros

    Explorer sa sensibilité et son imaginaire par la pratique de la peinture, du dessin et du modelage.

    SESSION D’EVOLUTION ET DE CREATION PERSONNELLE

    • Session de 10 séances le lundi de 14h à 18h jusqu’en juillet. Engagement pour toute la session et au-delà de 6 séances dans la continuité sur l’année:
    50 Euros la séance + 5 Euros matériel de base.
    Une séance ponctuelle : 65 Euros.

    • Session de 10 séances le samedi de 10h à 17h30 jusqu’en Juillet.

    Engagement pour toute la session et au-delà de 6 séances dans la continuité sur l’année:
    75 Euros la séance + 8 Euros matériel de base.
    Une séance ponctuelle : 93 Euros.

    Il s’agit d’approfondir les processus de création originaux et uniques de chacun par des consignes et des rencontres d’œuvres inspiratrices et d’en reconnaître la pertinence et les résonances en lien avec son sentiment d’existence.
    Un travail en individuel ou en duo (pour des personnes dans une problématique relationnelle ou/et artistique commune) peut être aussi envisagé pour les personnes qui le souhaitent.

    QUAND?

    Dates des séances pour le 1er et le 2éme trimestre 2010: (s’assurer que les dates sont confirmées)

  • Session du Lundi soir:
  • 11 et 25 Janvier; 8 Février; 1er, 22 et 29 Mars; 12 Avril; 3, 10 et 31 Mai; 21 et 28 Juin.

  • Session du Lundi après midi
  • 18 Janvier ; 15 Février; 29 Mars; 12 Avril; 17 Mai; 14 Juin; 5 Juillet.

  • Session du Samedi
  • 23 Janvier ; 6 Février ; 27 Mars; 17 Avril; 15 Mai; 12 Juin; 3 Juillet .

    STAGES DE 4 JOURS EN FEVRIER ET EN JUILLET

    voir Icône “stage”

    L’accompagnement , que je propose a le souci d’interroger les liens qui unissent les éprouvés corporels les plus fins à l’acte créateur, expérience avant tout poétique.

    Apprendre à habiter plus profondément sa propre matière corporelle pour travailler avec la matière (terre, mais aussi fusain, peinture…) avec l’intention constante de découvrir les résonances et les ponts entre les mondes sensibles, corporelles et plastiques.

    Les questions fondamentales que posent la création : comment donner vie à la matière?
    Comment expérimenter le mystère qui unit conscience et matière?

    Le tissage patient des liens entre corps et intériorité, matérialité et mentalité, sensorialité et acte plastique, permet d’aborder intensément ces questions et d’éprouver comment les processus de création peuvent être source de changement.

    Pour toute information et inscription, vous pouvez nous contacter par mail

    Construction

    (accueil du blog)
    Cet enfant, pris en charge par sa grand-mère, a vu sa mère mourir devant lui il y a 5 ans. Son père est peu présent mais a donné à son fils le goût des maquettes.
    La 1ére maquette qu’il essaie de réaliser en atelier avec du carton est un échec pour lui et il la détruit. Je lui propose alors de la terre qu’il malaxe avec colère et des gestes rageurs. Peu à peu, sous ses mains apparaît une sorte de grotte avec plusieurs trous. Je l’encourage à rêver sur son modelage qu’il finit par transformer en maquette troglodyte qu’il peuplera ensuite de minuscules habitants.
    Très fier de cette réalisation inattendue, il la nommera
    “Rien qu’avec la colère…”.

    Grotte

    Maquette de ruine
    Maquette de ruine avec personnages
    Il construira ensuite une grande quantité de maquettes de maison en ruine.
    Entre la perte de sa mère et la présence floue du père, j’accompagnerai cet enfant à développer peu à peu sa faculté étonnante de s’appuyer sur ce qui est absent pour se construire…

    Le processus

    Processus d’usinage comme processus de création vu par un jeune garçon de 13 ans: de l’objet de départ et de ses transformations successives ( refroidissement, fragmentation, dissolution etc.) jusqu’à l’objet mystérieux sur la table de finition…

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    L’implication et la reliance :

    À l’école, certains enfants ne se sentent pas concernés, sont indifférents et vivent le savoir comme extérieur à eux. A l’atelier, je reçois souvent ces enfants qui semblent ne s’intéresser à rien et pour qui l’apprentissage pose problème, parfois de manière invalidante.
    Je me retrouve devant une sorte de défi : est-ce que ces enfants vont pouvoir découvrir des déclencheurs qui vont les réveiller, leur révéler une appétence?

    En art-thérapie, ces enfants enclavées, en rencontrant de manière singulière le rapport à la loi et à la liberté, au silence et à la parole, au visible et au caché, à la solitude et au lien, peuvent découvrir l’expérience fondamentalement intuitive de l’acte créateur et son pouvoir de créer du lien entre eux et le monde.
    Quelquefois, le chemin sera long…

    Le langage

    L’étayage structurant du langage apparaît aussi comme un corsetage de la spontanéité enfantine.
    L’une des dimensions de cette spontanéité s’exprime dans la contamination du réel par le rêve, contamination que les adultes ressentent en général comme un possible débordement chaotique alors que les artistes le vivent comme la voie d’accès royale à l’expression artistique.

    Grandir, c’est construire la rationalité, la causalité aux dépens de la conjonction, la consonance.
    Pour les adultes qui ont coupé les racines du poétique, les choses se tiennent « devant eux » ; il n’y a plus osmose silencieuse, connivence. Ils sont uniquement dans une frontalité où domine la représentation et ils ne “participent” plus au monde dans une mise en présence mutuelle.
    Accéder au langage permettrait d’accéder à la lecture du monde mais en perdant le chant du monde…