Announcement: Art-thérapie

Ce blog a pour ambition de rendre compte des réflexions et des découvertes souvent jubilatoires rencontrées au cours de ma pratique d’art thérapeute par des écrits au jour le jour et des textes plus théoriques.

L’art thérapie comme le travail créateur n’a de sens que si on se maintient dans une recherche toujours vigilante et vivante.

Vous trouverez des informations complémentaires en suivant ces liens, l’auteur du Blog, mon parcours, les buts de ce blog dans pourquoi ainsi que des renseignements sur les ateliers pour adultes.

A lire

Que sais-je de Jean-Pierre Klein Edition PUF 2001
Revue Art & Thérapie

A visiter

Site de l’INECAT (ouverture d’une nouvelle fenêtre)

Suite du blog (articles récents)

Enquête

 

Comment avez-vous été touché une des premières fois que vous avez découvert la peinture ?la sculpture ?

En ce qui me concerne, le plus  lointain souvenir    que j’ai pu retrouver qui fut de l’ordre d’une véritable révélation remonte à peu près à mes 8 ans, ce fut mon saisissement devant la reproduction d’un tableau de Picasso -La femme qui pleure-1937 , l’année de Guernica ; c’est une tête de femme transpercée par les épines de ses pleurs.

Je ne comprenais pas comment on pouvait montrer le chagrin et le faire ressentir à travers une peinture, moi qui était si impuissante quand j’en avais un, à le partager et le faire comprendre à ma mère, la personne la plus proche de moi ! .  

Quel était ce moyen qui permettait de faire ressentir aussi directement des émotions aussi intimes ? Faire ressentir en montrant ce qui était invisible et normalement incommunicable?

A vous …

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Oser

Le sentiment d’un saut, d’un passage où on ose un geste, une sensation, on traverse un interdit de présentification, un tabou intérieur ; on perd ses repères et on aboutit à une clairière de possibles.

A ce moment, on ne maîtrise plus la forme, il y a retournement et c’est la forme qui nous guide et nous indique ce qu’il y a à faire.

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Le déclic

Le déclic d’une forme inanimée à une forme habitée, d’une projection conceptuelle et au mieux symbolique à une vraie implication charnelle qui déroule un monde de sensations émouvantes et surprenantes.

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La sensation de sens

Multiplicité et toupie du sens : la forme est rétive à l’enfermement dans une seule désignation qu’elle soit descriptive ou symbolique et peut même échapper à toute désignation, les associations évocatrices sont quelquefois impossibles ; on a accès directement à la « sensation de sens », le mystère s’exprime mais sans dévoilement ; la forme est la gardienne du secret qu’elle exprime.

Intérêt des doubles prises en charge

Dans ma pratique, j’ai constaté  l’intérêt des doubles prises en charge : Quelques uns de mes patients par ailleurs suivis en thérapie verbale me disent combien leur thérapie qu’ils ressentaient comme bloquée et en panne, est redynamisée par l’atelier. Quelquefois, la personne ne sait plus comment être en connexion authentique avec elle-même et perd le goût du sens. L’atelier, actualisant la relation avec les éprouvés dans la matière (peinture, terre…), semble avoir un rôle de relance puissant pour ces personnes qui se plaignent d’être sans émotion ou désensorialisées. L’atelier redonne du corps au langage.

 

Ce rapport à soi « éprouvé » ne reste pas insaisissable mais s’expérimente dans la matière et la forme devant soi. Grâce à la rencontre avec la forme, s’expriment des choses qu’on n’attendait pas, qui viennent malgré soi mais que l’on reconnaît comme siennes. Ce qui m’échappe se retourne vers moi pour me raconter. L’évènement intérieur fait ainsi alliance avec une forme, a le statut irréfutable d’un fait et peut être alors un point d’appui formel qui sert de repère pour la personne dans la poursuite du travail analytique. D’autre part, la forme et ce à quoi elle nous confronte de manière inattendue, en libérant un blocage énergétique, ouvrent la possibilité de transformer l’évènement intérieur en expression. L’évènement perçu en soi comme négatif, obscur ou traumatique s’ouvre ainsi sur une promesse d’expression créatrice riche et originale.

Il semble qu’il peut y avoir une complémentarité très fertile entre le dévoilement analytique et l’expression créatrice énigmatique de soi en art thérapie.

Rôle du corps

« C’est dans la chair, dans les organes que prennent naissance les images matérielles premières » dit Bachelard dans L’eau et les rêves.

La création est d’abord un engagement du corps, engagement profond du corps dans l’expression. Il n’y a pas de véritable expérience vivante qui ne passe pas par lui. La richesse qu’apporte le relais du corps dans l’élaboration poétique est immense. Il faut devenir attentif à cette mise en résonance, cette mise en mouvement de la matière même du corps et chercher une parfaite solidarité entre la matière travaillée et la matière profonde du corps. A ce propos, MATISSE aimait citer ce vieux proverbe chinois: «quand on dessine l’arbre, on doit au fur et à mesure sentir qu’on s’élève».

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Chaque expression plastique renvoie en écho à une sensation physique à laquelle nous sommes en général inattentifs; ce corps de sensation, fil d’Ariane de la recherche créatrice, je l’ai appelé dans mon jargon de peintre «le corps noir». Toute expression élaborerait alors un supplément de corps   comme on parle d’un supplément d’âme qui nourrirait ainsi le corps d’une manière sensitive et qui lui donnerait sa substance vivante.

La rencontre avec la matière

Ma recherche sur les processus créatifs m’a permis de façonner un certain nombre de convictions intimes qui me servent de guide dans mes interventions. Une des dimensions fondatrices d’une expérience véritablement créatrice, me semble être :

La rencontre avec la matière et l’engagement du corps.

C’est vers cette expérience par laquelle je commence ou retourne chaque fois que je sens la personne perdue.

Le 1er fil d’Ariane est de découvrir les lois qui gouvernent la matière que ce soit la terre, la peinture, le mouvement, .. :

Cette rencontre avec une matière n’a de sens que s’il y a une véritable implication sensible et  corporelle, que s’il y a engagement du corps   .

La rencontre avec une matière demande une écoute intuitive . L’écoute intuitive est une écoute qui a perdu son intentionnalité ; il ne faut pas chercher à être dans le saisissement inquiet d’un objectif de forme, il faut se détacher de l’avidité du but. Les sens vagabondent alors sans être entravés.

Je n’ai rien à attendre d’une forme, seulement être avec la matière .

« Les images de la matière, on les rêve en écartant les formes, le devenir des surfaces ; elles ont un poids, un cœur » dit  Bachelard dans l’eau et les rêves.

Par exemple dans le travail avec la terre, comment peut-on animer la terre en partant du présent du geste et en le nourrissant du poids, de l’énergie spontanée du geste, partir de choses très simples : Qu’est ce que la main aime contenir ? Trouver ce qui est le plus naturel, ce qui coule de source et quels vocabulaires cela déploient : creux, courbes, modelé, matières…

Ne pas oublier la dimension polyphonique de la sensibilité   et s’essayer à une perception globalisante des choses.

Chacun vit cette rencontre en découvrant les lois de la matière travaillée avec sa singularité. L’un va plus découvrir le rapport avec l’eau, l’autre avec le poids et cela amènera au déploiement d’un véritable vocabulaire personnel de gestes et de rythmes   qui  libère alors l’imaginaire.

Il y a  déclenchement d’un rêve et découverte dans le temps du geste de ce que la terre nous renvoie comme sentiment ou  émotion.

Laisser parler la terre à travers les lois qu’elle nous révèle et les accidents qu’elle provoque ; instaurer un véritable dialogue avec elle. C’est ce renversement d’une intention rêveuse    vers ce moment où la terre demande ce qu’elle veut ; ce renversement-là est très précieux ; il est du même ordre chez un romancier qui invente des personnages qui se mettent à vivre d’eux mêmes.

Pour guider vers ce renversement  puis ses allers et retours, il faut percevoir les gestes authentiques qui dénotent une vraie implication et faire ressentir subtilement l’équilibre à trouver entre l’intention et l’impulsion .

Cette perception se rapproche de  ce que dit Petitmengin  de l’expérience intuitive et  ressemble étrangement à la disposition d’écoute mystique mais qui serait là profane ou de l’écoute amoureuse.

Le résultat est dû alors plus à l’aboutissement d’un élan qu’une forme fixée et provoquera  presque toujours un étonnement    qui interrogera la personne sur elle-même. Il y a en art toujours un côté sphinx à solliciter .

Le spectateur d’une oeuvre

Quand je regarde un tableau, si je le ressens comme présent, cela ne peut être détaché de son sens mais sens comme sensation : le surgissement de l’impression corporelle d’un appui m’atteint et rien ne peut en détruire l’évidence  .

On tourne ensuite autour de ce point focal, on le circonscrit sans le saisir comme le fait la margelle circonscrivant le puits, par l’approche sensible et esthétique ; on nourrit ce sens qui ancre la présence du tableau. Le sens-présence du tableau est un événement rétif à toute tentative d’approche, il s’impose, il est en deçà du tableau, il est toujours avant ce qui est déjà là, on ne peut remonter à sa source mais il sourd de la forme plastique. Le passage vers la source du sens est barré par le feu du Logos, il est avant toute énonciation, toute désignation.

La présence

L’expérience vécue du sens qui s’incarne dans son corps est la charnière de toute approche artistique. J’oserai une métaphore religieuse : le mystère de l’annonciation me semble refléter le plus justement le mystère de la présence. Pour reprendre l’affirmation provocante de George Steiner, les arts étant les arts de la présence et du sens, la présence de Dieu est posée comme hypothèse, sinon, ils ne sont pas. Ce pari sur l’existence de Dieu n’est pas de l’ordre de la croyance, il ne s’agit bien sûr pas de répondre par oui ou non, mais de laisser cette possibilité ouverte afin de ne pas être enfermé dans une incohérence létale du fait artistique.

Un vrai tableau serait toujours un tableau ANNONCE et ceci est valable pour tout acte authentiquement artistique. Steiner dit que toute invention artistique contient la dimension de la prophétie du souvenir. Blanchot  parle, lui, de ce double mouvement ressenti en même temps comme effroyablement ancien et loin dans l’avenir.

L’œuvre : « Elle est toujours antérieure à tout commencement, elle est toujours déjà finie. Elle est toujours originelle et à tous moments commencement : ainsi paraît-elle ce qui est toujours nouveau, le mirage de la vérité inaccessible de l’avenir… et enfin elle est très ancienne, effroyablement ancienne, ce qui se perd dans la nuit des temps » voir p.309

A défaut de pouvoir remonter dans le temps du sens, si je cherche à creuser ce que la sensation de présence crée dans mon corps, si j’essaie d’approcher de cet appui, je me rends compte qu’il semble non être un élément en plus mais plutôt comme un supplément d’espace.

Cette présence serait espace…