La présence

L’expérience vécue du sens qui s’incarne dans son corps est la charnière de toute approche artistique. J’oserai une métaphore religieuse : le mystère de l’annonciation me semble refléter le plus justement le mystère de la présence. Pour reprendre l’affirmation provocante de George Steiner, les arts étant les arts de la présence et du sens, la présence de Dieu est posée comme hypothèse, sinon, ils ne sont pas. Ce pari sur l’existence de Dieu n’est pas de l’ordre de la croyance, il ne s’agit bien sûr pas de répondre par oui ou non, mais de laisser cette possibilité ouverte afin de ne pas être enfermé dans une incohérence létale du fait artistique.

Un vrai tableau serait toujours un tableau ANNONCE et ceci est valable pour tout acte authentiquement artistique.Steiner dit que toute invention artistique contient la dimension de la prophétie du souvenir. Blanchot  parle, lui, de ce double mouvement ressenti en même temps comme effroyablement ancien et loin dans l’avenir.

L’œuvre : « Elle est toujours antérieure à tout commencement, elle est toujours déjà finie. Elle est toujours originelle et à tous moments commencement : ainsi paraît-elle ce qui est toujours nouveau, le mirage de la vérité inaccessible de l’avenir… et enfin elle est très ancienne, effroyablement ancienne, ce qui se perd dans la nuit des temps » voir p.309

A défaut de pouvoir remonter dans le temps du sens, si je cherche à creuser ce que la sensation de présence crée dans mon corps, si j’essaie d’approcher de cet appui, je me rends compte qu’il ne m’apparaît pas comme un élément en plus mais plutôt comme un supplément d’espace.

Cette présence serait espace…

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