Le statut de la forme: de la valeur existentielle à la valeur marchande

A partir du moment où l’œuvre est terminée, l’artiste met l’œuvre dans le monde à travers une exposition, l’achat d‘un collectionneur etc. L’œuvre, devenue autonome, se détache de l’auteur.
L’artiste doit donc accepter d’être dépossédée d’elle. L’artiste est autant en deuil de l’œuvre qu’il a fait naître que l’œuvre, d’une certaine façon, est orpheline de son auteur.
Bien au-delà de l’œuvre elle-même, ce besoin de reconnaissance oblige l’artiste, plus que le seul arrachement à sa production, à accepter implicitement qu’il y ait rapt d’une dimension plus vitale.
J’ai toujours trouvé insupportable cette déliaison dont la douleur résidait dans l’impression d’un don confisqué.
Pouvait-on se révolter contre ce statut de l’œuvre mise au monde socialement ?
Une autre façon plus profonde et plus authentique de retisser du lien entre œuvre intime et œuvre reconnue pouvait-elle être inventée ?
Le travail en formation avec des groupes m’a permis de comprendre mieux ce qui est en jeu dans ce passage. La consigne qui suit en donnera un exemple particulièrement intense.
En art thérapie, on cherche bien sûr à préserver, approfondir l’existence de ce rapport si précieux et délicat qui se tisse entre la production et celui qui l’a fait mais il faut aussi conquérir une densité par son inscription dans le cadre du groupe.
Pour qu’opère durablement ce qui s’incarne de sa forme grâce au lien de la personne à ce qu’elle fait, j’ai découvert qu’il y avait l’obligation d’en reconnaître la double alchimie : comme l’expérience d’un mythe en formation où se joue autant la royauté de l’intimité de chacun que sa légitimité secrète donnée par le groupe.
L’acte créateur total serait cette pleine circulation entre intériorité et extériorité et son retour dans l’acmé de sa présence au sein de sa communauté…
Extrait d’un article publié dans la revue Art & Thérapie Février 2008

Mes interventions en formation

« L’art et la philosophie ensemble sont contact avec l’être justement en tant que créations. L’être est ce qui exige de nous création pour que nous en ayons l’expérience. » Merleau-Ponty

Cette citation de Merleau-Ponty peut être mis en exergue à toutes mes recherches en tant que créateur, art thérapeute et formateur.
Plus particulièrement en tant que formateur, ce qui me semble le plus important est d’inventer pour les stagiaires des protocoles qui vont favoriser ces événements fondateurs, événements qui rendent possible cette expérience de l’être et de la création.
Ce sont ces événements qui leur serviront de repères pour inventer leur pratique future.

Si je réfléchis aux soubassements essentiels de ces protocoles, protocoles inventés à partir de mon expérience et de mon intuition d’artiste et d’art thérapeute, j’en ai repéré quelques uns :

Les évènements fenêtre-miroirs :
Je suis très attentive à favoriser et intensifier ces moments où entrent en résonance configuration intérieure et problématique plastique.
La pratique artistique amène à rencontrer ces évènements entre expérience intime et réalité de la matière. Cette qualité d’évènement désigne cette relation à soi et à la matière perçue dans un miroitement de fenêtre-miroir : « cela donne sur … » et « cela renvoie à … » . Cela ne peut mettre en mouvement la personne que si elle accepte de vivre ces évènements en en respectant la qualité mystérieuse. Se laisser tenter par un quelconque dévoilement est tout simplement de l’ordre du non-sens. Le mystère ouvre paradoxalement sur une connaissance, connaissance opérante que si l’on respecte sa nature qui est d’être cachée.
Dans l’ordre du rationnel, nommer permet de donner corps à la chose ; dans l’ordre du sensible, c’est parce qu’il y a accueil du mystère qu’il peut y avoir incarnation.
J’ai qualifié ces évènements de coalescents, nom qui vient de coalescere qui veut dire « croître avec » le petit robert la définit en biologie comme la soudure de 2 surfaces tissulaires en contact, rapprocher et ajuster les bords d’une plaie.
J’aime ce qualificatif même s’il est un peu précieux: sentir dans un même temps la blessure, les 2 rives de la plaie et la promesse d’une réparation…
Extrait d’un article publié dans la revue Art & Thérapie Février 2008

Vidéo – « du trait au corps » – extraits

Court-métrage de 15 mn ; mai 2002 Réalisation :Ruth Nahoum Scénario : Ruth Nahoum, Maryse Guichard avec la participation de Gilles Bouchardeau, Jean-Michel Coq, Bernadette Dassbach. Assistante : Abelle Defrance Musique : Pierre André Athané Montage : Francette Levieux Studio : INGEP Marly Le Roi Producteur : Post Scriptum 2, allée des Boutons d’Or Créteil 94000 et Ruth Nahoum.

Le financement du film a été assuré par la Caisse d’Allocation Familiale.

Extrait du début du court-métrage


La jeune fille silencieuse ou le corps enclos

3éme extrait

La douleur

Appui et émanation

Cette peinture a été réalisée par une patiente, sans pratique artistique, que j’ai suivi une dizaine d’années jusqu’à son décès.

La beauté et l’éclat de cette fleur surgit par surprise comme un miracle par la grâce de quelques coups de pinceaux,  l’a accompagnée dans ses derniers moments.

Elle me disait que les séances lui permettaient de se maintenir vivante et entière  au lieu d’être submergée par la maladie  jusqu’à suspendre  ses  douleurs somatiques résistantes à la morphine.

Je garde un souvenir très émue et très riche de toutes ces années partagées.

Espace disponible/espace habité

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Cet enfant à la présence évanescente est comme un nuage. Il passe, et rien ne semble s’inscrire en lui. Son visage est sans expression, délavé par le manque d’intérêt de ses parents pour lui. Il dessine parfaitement au stylo bille ou au crayon des personnages de dessins animés que les autres enfants du groupe reconnaissent sans hésitation.
Je lui demande s’il peut dessiner des personnages qu’il inventerait, il me répond: « je ne suis pas prêt ».

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Au cours d’une autre séance, je lui propose de la peinture et, en quelques secondes, il peint un chien courant avec une vivacité de tracé inconnu pour lui. Il se détourne de sa peinture, stupéfait et gêné: » je ne l’ai pas fait exprès! » … et retourne à ses premiers dessins.
Comme si cet espace d’expression qui se découvre soudainement disponible, était impossible à investir pour lui. Tout mon accompagnement consistera à l’aider à accepter et habiter peu à peu ce lieu vivant d’expression.

blog A

Art-thérapie : une rencontre de soi en création