ENQUÊTE

Comment avez-vous été touché une des premières fois que vous avez découvert la peinture ?la sculpture ?

En ce qui me concerne, le plus  lointain souvenir    que j’ai pu retrouver qui fut de l’ordre d’une véritable révélation remonte à peu près à mes 8 ans, ce fut mon saisissement devant la reproduction d’un tableau de Picasso -La femme qui pleure-1937 , l’année de Guernica ; c’est une tête de femme transpercée par les épines de ses pleurs.

Je ne comprenais pas comment on pouvait montrer le chagrin et le faire ressentir à travers une peinture, moi qui était si impuissante quand j’en avais un, à le partager et le faire comprendre à ma mère, la personne la plus proche de moi ! .

Quel était ce moyen qui permettait de faire ressentir aussi directement des émotions aussi intimes ? Faire ressentir en montrant ce qui était invisible et normalement incommunicable?

A vous …

blog 3

Mon homme au loup

Ce jeune homme fermé, lent, lourd et silencieux est presque inerte. Quand il m’a demandé avec hésitation d’aller voir les loups, j’ai reçu sa demande inhabituelle comme étant nécessaire et centrale. Rassuré par l’importance que j’accordais à sa demande, un lien réel a commencé à se construire entre nous.

Puis, il y eu ce moment de partage silencieux devant ce loup du Jardin des Plantes…

A notre retour dans l’institution, il a commencé un dessin : un bord de plage avec des amas de pierres. Les pierres, ô combien silencieuses, me semblaient, pour lui, être dans la même sensation de présence que ce loup. Pour moi, cela résonnait d’autant que j’avais travaillé récemment sur les pierres dans mon travail personnel. Cela construisait un lien de vie entre lui, son dessin et moi comme témoin… une couvaison vivante.

Il voulait créer la profondeur dans son dessin en disposant les pierres en perspective. Il voulait découvrir lui-même la 3ème dimension et je l’ai accompagné pas à pas en respectant sa lenteur d’élaboration, en acceptant ses erreurs, ses approximations car je ressentais l’enjeu vital de ses tentatives et il aurait été criminel de lui apporter des réponses toutes faites ; il fallait qu’il les découvre, en s’appuyant sur le simple témoin extrêmement attentif que j’étais. J’avais l’impression qu’il marchait sur le tranchant d’une lame ou d’un fil ; je devais soutenir par l’intensité de mon attention ce funambule qui pouvait à chaque instant tomber dans le vide. Quelque chose de très important se passait, en même temps qu’il avançait dans son dessin, chacun de ses traits l’arrimant à sa feuille, il semblait transformer et donner à sa densité physique, un espace, une étendue. Sa présence se modifiait, se déployait à chaque pierre bien posée sur la plage … Il avait trouvé un miroir : il appréhendait l’espace extérieur et prenait conscience d’un espace en lui.   Quand son dessin fut terminé, il se détacha de l’aimantation de son dessin et se tourna vers moi : son regard avait une lumière que je ne lui avais jamais vu.

Cela lui permis d’imaginer un chemin possible entre lui et le monde, qu’il vivait jusque là comme hostile, avec ses contraintes et ses lois; il n’y avait plus le désespoir d’ un abîme inéluctable.Mon homme

Oser

Le sentiment d’un saut, d’un passage où on ose un geste, une sensation, on traverse un interdit de présentification, un tabou intérieur ; on perd ses repères et on aboutit à une clairière de possibles.

A ce moment, on ne maîtrise plus la forme, il y a retournement et c’est la forme qui nous guide et nous indique ce qu’il y a à faire.

Le spectateur d’une oeuvre

Quand je regarde un tableau, quand je le ressens comme présent, cela ne peut pas être détaché de son sens mais du sens comme sensation et non comme signification: me saisit la surprise et l’évidence d’une impression corporelle d’ appui.

On tourne ensuite autour de ce point focal, on le circonscrit sans le saisir comme le fait la margelle circonscrivant le puits, par l’approche sensible et esthétique ; on nourrit ce sens qui ancre la présence du tableau. Le passage vers sa cause est barré par le feu du Logos, étant avant toute énonciation, toute désignation.

Le sens-présence du tableau est un événement rétif à toute tentative d’approche, il s’impose, il est en deçà du tableau, il est toujours avant ce qui est déjà là, on ne peut remonter à sa source mais il sourd de la forme plastique.

Art-thérapie : une rencontre de soi en création

FireStats icon Contenu créé par FireStats