Intégration scolaire et/ou création

Le coté flou, dérangeant, ouvert que propose l’activité artistique, la gratuité imaginaire semblent, dans un 1er temps, s’opposer à l’intégration scolaire.
Les enfants, dans l’atelier, s’essaient à découvrir les différences avec leur cadre habituel.
Je leur propose d’explorer eux-mêmes pas à pas les limites et les lois de ce lieu autant dans son fonctionnement concret que dans la manière dont ils peuvent l’investir.
Je reçois avec légèreté mais aussi gravité, ce que les enfants me disent, « ai-je le droit ? », quand ils utilisent un matériel ou quand ils tentent quelque chose de nouveau pour eux ou, quand ils ont le sentiment d’échouer, se rassurent en me disant :
« c’est pas grave ?»,
Être avec eux sur ce fil funambule, d’un côté, apprentissage de la liberté et gratuité fondamentale de l’acte créateur, de l’autre, son importance vitale et sa dangerosité imaginaire.

Le statut de la forme: de la valeur existentielle à la valeur marchande

A partir du moment où l’œuvre est terminée, l’artiste met l’œuvre dans le monde à travers une exposition, l’achat d‘un collectionneur etc. L’œuvre, devenue autonome, se détache de l’auteur.
L’artiste doit donc accepter d’être dépossédée d’elle. L’artiste est autant en deuil de l’œuvre qu’il a fait naître que l’œuvre, d’une certaine façon, est orpheline de son auteur.
Bien au-delà de l’œuvre elle-même, ce besoin de reconnaissance oblige l’artiste, plus que le seul arrachement à sa production, à accepter implicitement qu’il y ait rapt d’une dimension plus vitale.
J’ai toujours trouvé insupportable cette déliaison dont la douleur résidait dans l’impression d’un don confisqué.
Pouvait-on se révolter contre ce statut de l’œuvre mise au monde socialement ?
Une autre façon plus profonde et plus authentique de retisser du lien entre œuvre intime et œuvre reconnue pouvait-elle être inventée ?
Le travail en formation avec des groupes m’a permis de comprendre mieux ce qui est en jeu dans ce passage. La consigne qui suit en donnera un exemple particulièrement intense.
En art thérapie, on cherche bien sûr à préserver, approfondir l’existence de ce rapport si précieux et délicat qui se tisse entre la production et celui qui l’a fait mais il faut aussi conquérir une densité par son inscription dans le cadre du groupe.
Pour qu’opère durablement ce qui s’incarne de sa forme grâce au lien de la personne à ce qu’elle fait, j’ai découvert qu’il y avait l’obligation d’en reconnaître la double alchimie : comme l’expérience d’un mythe en formation où se joue autant la royauté de l’intimité de chacun que sa légitimité secrète donnée par le groupe.
L’acte créateur total serait cette pleine circulation entre intériorité et extériorité et son retour dans l’acmé de sa présence au sein de sa communauté…
Extrait d’un article publié dans la revue Art & Thérapie Février 2008

Mes interventions en formation

« L’art et la philosophie ensemble sont contact avec l’être justement en tant que créations. L’être est ce qui exige de nous création pour que nous en ayons l’expérience. » Merleau-Ponty

Cette citation de Merleau-Ponty peut être mis en exergue à toutes mes recherches en tant que créateur, art thérapeute et formateur.
Plus particulièrement en tant que formateur, ce qui me semble le plus important est d’inventer pour les stagiaires des protocoles qui vont favoriser ces événements fondateurs, événements qui rendent possible cette expérience de l’être et de la création.
Ce sont ces événements qui leur serviront de repères pour inventer leur pratique future.

Si je réfléchis aux soubassements essentiels de ces protocoles, protocoles inventés à partir de mon expérience et de mon intuition d’artiste et d’art thérapeute, j’en ai repéré quelques uns :

Les évènements fenêtre-miroirs :
Je suis très attentive à favoriser et intensifier ces moments où entrent en résonance configuration intérieure et problématique plastique.
La pratique artistique amène à rencontrer ces évènements entre expérience intime et réalité de la matière. Cette qualité d’évènement désigne cette relation à soi et à la matière perçue dans un miroitement de fenêtre-miroir : « cela donne sur … » et « cela renvoie à … » . Cela ne peut mettre en mouvement la personne que si elle accepte de vivre ces évènements en en respectant la qualité mystérieuse. Se laisser tenter par un quelconque dévoilement est tout simplement de l’ordre du non-sens. Le mystère ouvre paradoxalement sur une connaissance, connaissance opérante que si l’on respecte sa nature qui est d’être cachée.
Dans l’ordre du rationnel, nommer permet de donner corps à la chose ; dans l’ordre du sensible, c’est parce qu’il y a accueil du mystère qu’il peut y avoir incarnation.
J’ai qualifié ces évènements de coalescents, nom qui vient de coalescere qui veut dire « croître avec » le petit robert la définit en biologie comme la soudure de 2 surfaces tissulaires en contact, rapprocher et ajuster les bords d’une plaie.
J’aime ce qualificatif même s’il est un peu précieux: sentir dans un même temps la blessure, les 2 rives de la plaie et la promesse d’une réparation…
Extrait d’un article publié dans la revue Art & Thérapie Février 2008

Vidéo – « du trait au corps » – extraits

Court-métrage de 15 mn ; mai 2002 Réalisation :Ruth Nahoum Scénario : Ruth Nahoum, Maryse Guichard avec la participation de Gilles Bouchardeau, Jean-Michel Coq, Bernadette Dassbach. Assistante : Abelle Defrance Musique : Pierre André Athané Montage : Francette Levieux Studio : INGEP Marly Le Roi Producteur : Post Scriptum 2, allée des Boutons d’Or Créteil 94000 et Ruth Nahoum.

Le financement du film a été assuré par la Caisse d’Allocation Familiale.

Extrait du début du court-métrage


La jeune fille silencieuse ou le corps enclos

3éme extrait

Art-thérapie : une rencontre de soi en création

FireStats icon Contenu créé par FireStats