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Adolescence et création

Exemple d’une prise en charge d’un adolescent suivi en thérapie classique et en art-thérapie au Centre Médico-Psychologique de Créteil.

De grandes difficultés scolaires et une inhibition massive avaient amené sa mère à consulter en CMP.  Cet adolescent fut donc suivi par une thérapeute qui le recevait avec sa mère et est venu parallèlement à l’atelier d’art thérapie pendant 1 an.

La mère de cet adolescent sollicite initialement de l’aide pour un problème d’orientation.  Son fils a des résultats scolaires catastrophiques et doit être orienté vers une classe pour déficients. Il est silencieux et paraît indifférent à tout cela. A l’âge de 6 ans il avait perdu son père. Depuis, il s’était enfermé dans un silence et une passivité obstinés. Plusieurs tentatives de prise en charge psychologique ont eu lieu, et il y a toujours opposé le refus, et son silence.

Avec la thérapeute, s’est engagé un travail sur le dévoilement d’une parole que n’avait jamais  exprimée la mère concernant la mort de son père et que l’adolescent, présent aux séances mais silencieux,  pouvait enfin entendre. Dans mon atelier, s’est naturellement imposée la nécessité de respecter ce silence.

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Pendant un très grand nombre de séances,  il a utilisé le plâtre pour construire autour de l’empreinte de sa main dans la terre, une sorte de gant qui protégeait cette empreinte. Il calculait précisément comment le plâtre pouvait l’aider à préserver le volume exact de ses doigts et de sa main et comment il pouvait librement enlever sa main avant que le plâtre ne sèche sans se déformer. Il a longuement repris, consolidé, modifié le moulage séance après séance puis la peins de couleur noire et argent. Il a appelé ce modelage, un repose-main, une « œuvre d’art utile ». Je l’ai  soutenu dans sa recherche de solutions techniques et dans la découverte pas à pas de ce qu’il élaborait sans jamais intervenir de manière directe. La thérapeute qui le suivait m’a alors parlé d’un épisode que la mère avait raconté en présence de son fils : un grave accident de la route avait nécessité plusieurs mois d’immobilisation et de soins, son père avait été notamment très longtemps plâtré. Quand, après de multiples complications, il avait pu retrouver la mobilité d’un de ses bras, on avait diagnostiqué un cancer dont il était mort quelques mois plus tard.

Je sentais qu’il était vital pour lui que je  respecte sa lenteur d’élaboration et que je taise le secret de ce transvasement d’une matière de son histoire vers le domaine expressif sans chercher à dévoiler l’origine, le pourquoi de ce qu’il  faisait. Il me semblait que c’était une condition essentielle pour qu’il puisse trouver peu à peu la liberté de transformer les éléments de son histoire et, de cette façon, se les approprier.

C’est parce qu’il pouvait construire en ma présence un univers aux opérations intimes et inviolables et que je les reconnaisse comme tel, que l’adolescent pouvait se construire vraiment ; vouloir un décryptage peut être un contre sens criminel en art thérapie.

Au contraire, aider à la construction métaphorique se souciant de la mise en forme, des lois des matières utilisées etc. permet que le processus se fasse vraiment (mais cela nécessite d’être totalement convaincu de l’engagement profond de l’acte d’expression en étant d’une présence impérieuse face aux mystères de la matière et ceci n’est possible que si l’on est soi-même créateur). Travailler entre connaissance et ignorance, une intuition  en apesanteur, comme un savoir en suspens, qui ne cherche pas à saisir et capter mais qui favorise la légèreté du jeu et la gravité de l’enjeu.

Le silence de l’atelier d’un côté, un bain de paroles maternelles de l’autre, sans forçage, sans pression pour lui. Lentement, progressivement il éclôt. Il se met à intervenir pendant les entretiens avec la thérapeute, corrige un détail, contredit même sa mère. A la maison il est plus ouvert, plus actif, et parfois gai. Il est passé en cursus scolaire normal. C’est maintenant un grand adolescent d’1,80m plein d’humour, intelligent et caustique. Il est resté peu bavard mais avec des sorties ironiques et toujours à propos, qui lui donnent un style manifestement apprécié.

Il a dit une fois à sa thérapeute qu’il revenait de loin.