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COURT-METRAGE « Du trait au corps »

Court-métrage de 15 mn ; mai 2002 Réalisation :Ruth Nahoum Scénario : Ruth Nahoum, Maryse Guichard avec la participation de Gilles Bouchardeau, Jean-Michel Coq, Bernadette Dassbach. Assistante : Abelle Defrance Musique : Pierre André Athané Montage : Francette Levieux Studio : INGEP Marly Le Roi Producteur : Post Scriptum 2, allée des Boutons d’Or Créteil 94000 et Ruth Nahoum Le financement du film a été assuré par la Caisse d’Allocation Familiale.

Ruth Nahoum, peintre, a animé pendant deux ans un atelier de modèle vivant avec des jeunes adolescents en difficulté psychique dans le cadre des activités de l’association Post Scriptum. Depuis 1983, cette association a monté plusieurs projets avec des artistes et l’hôpital de jour des Bordières à Créteil qui reçoit des autistes et psychotiques. Différentes rencontres autour du  projet d’un film issu de cette expérience ont eu lieu entre Ruth Nahoum et des membres de l’association et ont permis de construire le scénario d’un court métrage.

Ce film a pour objectif de montrer au spectateur comment évoluent les dessins de ces adolescents quand ils sont confrontés au modèle vivant et à leurs éprouvés et comment se modifie la perception de leur corps et du corps des autres. Le film cherche à rendre l’émotion de l’accompagnement artistique et le parcours particulièrement saisissant de ces adolescents.

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J’ai voulu transmettre une expérience essentiellement poétique qui me semble la plus à même d’évoquer « l’intuition consciente » de l’artiste engagé dans une relation d’aide auprès d’adolescents  et nourrie de sa pratique même de l’art. 

Aider le corps déserté de ces enfants à prendre une épaisseur, un volume par le face à face avec le corps d’un danseur à dessiner. Aider ces enfants à devenir ainsi plus présents à eux-mêmes comme le peintre ou le mime devant la toile ou dans leur espace. 

Chez les personnes en difficulté psychique, leur propension est grande de s’absenter trop du monde, de se défaire de lui à chaque seconde. Mon rôle était de les aider à soutenir la présence au modèle en concentrant leur attention et en laissant échapper le moins possible leur présence qui semblait fuir et se trouer, constamment démissionnée du monde. 

C’était un vrai combat dont je sortais souvent épuisée, leurs présences ayant tendance à fuir de partout. Le fil conducteur de ce combat était motivé par la dimension fugitive, à peine suspendue de la pose du modèle (1/4 H), à l’urgence de saisir quelque chose du corps par le trait. Le temps fuit comme coule le sang, le modèle était toujours vivant avec jamais la possibilité de le ressentir comme un objet immobile. Cette prise de conscience parfois douloureuse de la coulée du temps leur permettait d’entrer dans la temporalité. Corps à corps avec le temps mais aussi avec leur propre corps : la jeune fille et sa main hémiplégique que je ramenais constamment dans son champ visuel ; la succession d’abattement et de tonicité d’un autre adolescent… Au début, certains dessinaient le modèle toujours de face, droit, bras et jambes droits quelque soit la pose du modèle ; leurs découvertes que du modèle de dos, on ne pouvait voir que les cheveux et non les yeux ! Ensuite mon insistance pour qu’ils cherchent des solutions quand le dessin était manifestement trop éloigné de la vérité de la pose (articulations, direction des membres, statique..). 

Le sentiment de beauté se confond ici avec la vérité du corps et du trait. 

Le film a été montré dans le cadre universitaire et aux festivals de Lorquin et d’Amiens.