Archives par mot-clé : création accompagnée

Announcement: Art-Thérapie

  • Art Thérapeute et formatrice à l’INECAT, je propose dans mon atelier, situé près de Paris, des séances d’art thérapie en individuel ou en petit groupe, pour tout public.

Ce nouveau blog, dans la suite du précédent, rend compte des réflexions et des découvertes rencontrées au cours de ma pratique d’art thérapeute par des écrits au jour le jour et des textes plus théoriques.

L’art thérapie comme le travail créateur n’a de sens que si on se maintient dans une recherche toujours vigilante et vivante.

Inecat Art-Thérapie
11 février, 17:49

Extrait vidéo de la journée de clôture du
Séminaire mensuel à la Halle Saint-Pierre 2017

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image du jour
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Vous trouverez des informations sur l’Auteur du Blog, Mon parcours, les buts de ce blog dans Pourquoi et les renseignements sur « les ateliers », les « suivis de pratique » et « les stages ».

  • A lire
  • Articles écrits par l’auteur du blog :
  • Revue « Art et Thérapie »-Terre-n°66/67-Juin 1999  « De l’ensevelissement du modèle… Interview de Gérard Bignolais »
  • Revue « Art et Thérapie »n°72/73-Déc.2000-Notre corps contemporain- « La jeune fille mutique et le corps enclos »
  • Revue « Art et Thérapie »n°82/83-Sept.2003-La présence- « La présence à l’œuvre, l’œuvre en présence »
  • Revue « Art et Thérapie »n°90/91-Mai 2005-L’adolescence, création éphémère- « Art thérapie plastique et psychothérapie » avec Virginie Granboulan
  • Revue « Art et Thérapie »n°92/93-Déc. 2005 de l’art thérapie- « Il y a un bug entre ma mère et moi » avec Virginie Granboulan
  • Revue « Art et Thérapie »n°98/99-Fév. 2008-L’exercice en art thérapie- « Corps de sensations – la verticalité »
  • Revue L’erre »-n°25-Mars 2008:  « L’art comme thérapie ? Un art de l’accompagnement »
  • Revue « Art et Thérapie » n°106/107-Mars 2011 – corps avec la matière- « De l’informe à la non-forme »
  • Revue « Art et thérapie »n°110/111-Mai 2012 Redevenir artiste de sa vie-« La rencontre avec l’œuvre- la rencontre à l’œuvre »
  • 10 Revue de la FFAT « La matière »- 2014
  • 11 Revue Synodies « Matières et sentiment d’existence » – Septembre 2016
  • 12 Revue de la FFAT « Le langage en art thérapie » avec Edith Viarmé -2017
  • 13 Revue « Traversées » – Journées d’automne, Novembre 2018. Du geste au « faire monde » – Colloque de la SFPT-AT à Paris
  • 14Revue « Traversées » – Journées d’automne, Décembre 2019. De l’irreprésentable – Colloque de la SFPT-AT à Paris

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L’art-thérapie de Jean-Pierre Klein Edition PUF 2001 dans la collection Que sais-je
Revue Art & Thérapie
A visiter:
voir site personnel artistique
site de l’INECAT
site de la fédération des arts thérapeutes

Adolescence et création

Exemple d’une prise en charge d’un adolescent suivi en thérapie classique et en art-thérapie au Centre Médico-Psychologique de Créteil.

De grandes difficultés scolaires et une inhibition massive avaient amené sa mère à consulter en CMP.  Cet adolescent fut donc suivi par une thérapeute qui le recevait avec sa mère et est venu parallèlement à l’atelier d’art thérapie pendant 1 an.

La mère de cet adolescent sollicite initialement de l’aide pour un problème d’orientation.  Son fils a des résultats scolaires catastrophiques et doit être orienté vers une classe pour déficients. Il est silencieux et paraît indifférent à tout cela. A l’âge de 6 ans il avait perdu son père. Depuis, il s’était enfermé dans un silence et une passivité obstinés. Plusieurs tentatives de prise en charge psychologique ont eu lieu, et il y a toujours opposé le refus, et son silence.

Avec la thérapeute, s’est engagé un travail sur le dévoilement d’une parole que n’avait jamais  exprimée la mère concernant la mort de son père et que l’adolescent, présent aux séances mais silencieux,  pouvait enfin entendre. Dans mon atelier, s’est naturellement imposée la nécessité de respecter ce silence.

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Pendant un très grand nombre de séances,  il a utilisé le plâtre pour construire autour de l’empreinte de sa main dans la terre, une sorte de gant qui protégeait cette empreinte. Il calculait précisément comment le plâtre pouvait l’aider à préserver le volume exact de ses doigts et de sa main et comment il pouvait librement enlever sa main avant que le plâtre ne sèche sans se déformer. Il a longuement repris, consolidé, modifié le moulage séance après séance puis la peins de couleur noire et argent. Il a appelé ce modelage, un repose-main, une « œuvre d’art utile ». Je l’ai  soutenu dans sa recherche de solutions techniques et dans la découverte pas à pas de ce qu’il élaborait sans jamais intervenir de manière directe. La thérapeute qui le suivait m’a alors parlé d’un épisode que la mère avait raconté en présence de son fils : un grave accident de la route avait nécessité plusieurs mois d’immobilisation et de soins, son père avait été notamment très longtemps plâtré. Quand, après de multiples complications, il avait pu retrouver la mobilité d’un de ses bras, on avait diagnostiqué un cancer dont il était mort quelques mois plus tard.

Je sentais qu’il était vital pour lui que je  respecte sa lenteur d’élaboration et que je taise le secret de ce transvasement d’une matière de son histoire vers le domaine expressif sans chercher à dévoiler l’origine, le pourquoi de ce qu’il  faisait. Il me semblait que c’était une condition essentielle pour qu’il puisse trouver peu à peu la liberté de transformer les éléments de son histoire et, de cette façon, se les approprier.

C’est parce qu’il pouvait construire en ma présence un univers aux opérations intimes et inviolables et que je les reconnaisse comme tel, que l’adolescent pouvait se construire vraiment ; vouloir un décryptage peut être un contre sens criminel en art thérapie.

Au contraire, aider à la construction métaphorique se souciant de la mise en forme, des lois des matières utilisées etc. permet que le processus se fasse vraiment (mais cela nécessite d’être totalement convaincu de l’engagement profond de l’acte d’expression en étant d’une présence impérieuse face aux mystères de la matière et ceci n’est possible que si l’on est soi-même créateur). Travailler entre connaissance et ignorance, une intuition  en apesanteur, comme un savoir en suspens, qui ne cherche pas à saisir et capter mais qui favorise la légèreté du jeu et la gravité de l’enjeu.

Le silence de l’atelier d’un côté, un bain de paroles maternelles de l’autre, sans forçage, sans pression pour lui. Lentement, progressivement il éclôt. Il se met à intervenir pendant les entretiens avec la thérapeute, corrige un détail, contredit même sa mère. A la maison il est plus ouvert, plus actif, et parfois gai. Il est passé en cursus scolaire normal. C’est maintenant un grand adolescent d’1,80m plein d’humour, intelligent et caustique. Il est resté peu bavard mais avec des sorties ironiques et toujours à propos, qui lui donnent un style manifestement apprécié.

Il a dit une fois à sa thérapeute qu’il revenait de loin.

Cindy et le soleil

Cette petite fille mutique, non seulement ne disait rien mais se déplaçait sans bruit, ouvrait son cartable très lentement pour qu’on n’entende pas la fermeture éclair, bougeait les objets en feutrant au maximum les bruits. Elle était sans paroles et elle imposait tout autour d’elle, le silence.

Après un certain nombre de séances sans qu’elle émette un son et qu’elle ne fasse de bruit, je joue à imiter par des bruitages les petits sons que font malgré tout les choses comme le bruit de son pinceau ou du crayon sur le papier, le son du papier ou de ses pieds au sol. Elle en est surprise et amusée. Une autre fois, elle joue à tracer à la craie, au tableau noir plus grand qu’elle, des lignes verticales de toutes les couleurs en sautant pour atteindre la partie supérieure du tableau ; sa joie de l’effort physique lui permet d’oser des halètements que j’encourage et auxquelles je réponds en haletant moi-même par jeu. Toutes ses lignes grâce à ses sauts vers le ciel (?) organise le tableau en un ballet bondissant d’énergie.

A ma demande de terminer la séance par un dernier trait, elle dessine un rond et fait conjuguer toutes les lignes vers lui. Je lui dis combien je suis  émerveillée par la réponse du rond-soleil.

Elle se met elle aussi à inventer des bruitages ou des onomatopées d’une petite voix murmurée et nous nous répondons de cette façon en riant. Elle commence une autre séance en dessinant au tableau noir une grande bouche et m’adresse ensuite ses premiers mots! d’abord des mots courts et chuchotés puis, de séance en séance, elle s’enhardit, construit des phrases et se met à parler.

 

Mon homme au loup

Ce jeune homme fermé, lent, lourd et silencieux est presque inerte. Quand il m’a demandé avec hésitation d’aller voir les loups, j’ai reçu sa demande inhabituelle comme étant nécessaire et centrale. Rassuré par l’importance que j’accordais à sa demande, un lien réel a commencé à se construire entre nous.

Puis, il y eu ce moment de partage silencieux devant ce loup du Jardin des Plantes…

A notre retour dans l’institution, il a commencé un dessin : un bord de plage avec des amas de pierres. Les pierres, ô combien silencieuses, me semblaient, pour lui, être dans la même sensation de présence que ce loup. Pour moi, cela résonnait d’autant que j’avais travaillé récemment sur les pierres dans mon travail personnel. Cela construisait un lien de vie entre lui, son dessin et moi comme témoin… une couvaison vivante.

Il voulait créer la profondeur dans son dessin en disposant les pierres en perspective. Il voulait découvrir lui-même la 3ème dimension et je l’ai accompagné pas à pas en respectant sa lenteur d’élaboration, en acceptant ses erreurs, ses approximations car je ressentais l’enjeu vital de ses tentatives et il aurait été criminel de lui apporter des réponses toutes faites ; il fallait qu’il les découvre, en s’appuyant sur le simple témoin extrêmement attentif que j’étais. J’avais l’impression qu’il marchait sur le tranchant d’une lame ou d’un fil ; je devais soutenir par l’intensité de mon attention ce funambule qui pouvait à chaque instant tomber dans le vide. Quelque chose de très important se passait, en même temps qu’il avançait dans son dessin, chacun de ses traits l’arrimant à sa feuille, il semblait transformer et donner à sa densité physique, un espace, une étendue. Sa présence se modifiait, se déployait à chaque pierre bien posée sur la plage … Il avait trouvé un miroir : il appréhendait l’espace extérieur et prenait conscience d’un espace en lui.   Quand son dessin fut terminé, il se détacha de l’aimantation de son dessin et se tourna vers moi : son regard avait une lumière que je ne lui avais jamais vu.

Cela lui permis d’imaginer un chemin possible entre lui et le monde, qu’il vivait jusque là comme hostile, avec ses contraintes et ses lois; il n’y avait plus le désespoir d’ un abîme inéluctable.Mon homme

Du langage-objet à la chair du langage

Texte de la conférence donnée à l’occasion du Colloque de la FFAT en Mars 2017

La place du langage et plus souvent, de la parole dans l’accompagnement est délicat et pose beaucoup de questions.

Le langage verbal serait incapable de s’approcher du vécu, d’en rendre compte et pousserait à une posture objective qui fige. La mise en mots chosifierait l’expérience créatrice ou la dévaluerait comme étant juste éphémère et anodine.

De plus, la mise en mots dévoile notre vulnérabilité car elle nous confronte à cette incapacité de notre langage à être à la hauteur de l’expérience éprouvée. Du coup, il y a le risque de s’embourber dans l’explicatif, la justification ou la banalité.

La plupart du temps, que l’on soit en position d’art thérapeute ou de personne accompagnée, le langage se limiterait à du commentaire inutile ou nous acculerait à ce que nous avons voulu dire dans la forme, un « vouloir dire », qui ne peut, souvent, que nous fourvoyer, et stopper le mouvement qui nous porte en avant de nous vers ce mystère qu’est la forme.

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Dans les premiers temps de mise en création (surtout chez l’adulte), il y a souvent à endurer des moments de flottement et d’errance qui ont à se désencombrer de toutes ces questions que l’on peut se poser : « pourquoi je fais ça, ça sert à rien, de toute façon je ne saurais pas quoi en faire, ça n’a pas de sens etc. »

Quand j’ai commencé, je n’arrêtais pas de me dire « tais-toi ! tais-toi ! » ; je devais résister à la tentation de parler, car je pensais que ma parole éviterait à la personne cette phase fragile du flottement.

Grâce à ma stabilité et mon appui, une qualité d’attention silencieuse, je sais maintenant que cette 1ére phase si inconfortable pour elle et … pour moi, peut être essentielle pour laisser place ensuite à une autre phase où la personne va entrer dans l’écoute de ce que la mise en forme lui renvoie en termes de sensations, impressions, images, états d’âme…le mystère peut commencer à opérer… Continuer la lecture de Du langage-objet à la chair du langage