Archives pour l'étiquette création accompagnée

Announcement: Art-Thérapie

Art Thérapeute et formatrice à l’INECAT, je propose dans mon atelier, situé près de Paris, des séances d’art thérapie en individuel ou en petit groupe, pour tout public.

Ce nouveau blog, dans la suite du précédent, rend compte des réflexions et des découvertes rencontrées au cours de ma pratique d’art thérapeute par des écrits au jour le jour et des textes plus théoriques.

L’art thérapie comme le travail créateur n’a de sens que si on se maintient dans une recherche toujours vigilante et vivante.

Inecat Art-Thérapie
11 février, 17:49

Extrait de la journée de clôture du
Séminaire mensuel à la Halle Saint-Pierre 2017 : Ruth Nahoum
https://youtu.be/w06U4IdmVi8?list=PL673ZR70WEbYcrHXw9aZZrnn35uRgDW8d

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image du jour

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Vous trouverez des informations sur l’Auteur du Blog, Mon parcours, les buts de ce blog dans Pourquoi et les renseignements sur « les ateliers pour adultes » et « les stages ».
A lire
Articles écrits par l’auteur du blog :
1Revue « Art et Thérapie »-Terre-n°66/67-Juin 1999  « De l’ensevelissement du modèle… Interview de Gérard Bignolais »
2Revue « Art et Thérapie »n°72/73-Déc.2000-Notre corps contemporain- « La jeune fille mutique et le corps enclos »
3Revue « Art et Thérapie »n°82/83-Sept.2003-La présence- « La présence à l’œuvre, l’œuvre en présence »
4Revue « Art et Thérapie »n°90/91-Mai 2005-L’adolescence, création éphémère- « Art thérapie plastique et psychothérapie » avec Virginie Granboulan
5-Revue « Art et Thérapie »n°92/93-Déc. 2005 de l’art thérapie- « Il y a un bug entre ma mère et moi » avec Virginie Granboulan
6Revue « Art et Thérapie »n°98/99-Fév. 2008-L’exercice en art thérapie- « Corps de sensations – la verticalité »
7Revue L’erre »-n°25-Mars 2008:  « L’art comme thérapie ? Un art de l’accompagnement »
8Revue « Art et Thérapie » n°106/107-Mars 2011 – corps avec la matière- « De l’informe à la non-forme »
9Revue « Art et thérapie »n°110/111-Mai 2012 Redevenir artiste de sa vie-« La rencontre avec l’œuvre- la rencontre à l’œuvre »
10Revue de la FFAT « La matière »- 2014
11-Revue Synodies « Matières et sentiment d’existence » – Septembre 2016
12Revue de la FFAT « Le langage en art thérapie » avec Edith Viarmé -2017
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L’art-thérapie de Jean-Pierre Klein Edition PUF 2001 dans la collection Que sais-je
Revue Art & Thérapie
A visiter:
voir la suite historique de ce blog (nombreux articles)
voir site personnel artistique
site de l’INECAT
site de la fédération des arts thérapeutes

 

Cindy et le soleil

Cette petite fille mutique, non seulement ne disait rien mais se déplaçait sans bruit, ouvrait son cartable très lentement pour qu’on n’entende pas la fermeture éclair, bougeait les objets en feutrant au maximum les bruits. Elle était sans paroles et elle imposait tout autour d’elle, le silence.

Après un certain nombre de séances sans qu’elle émette un son et qu’elle ne fasse de bruit, je joue à imiter par des bruitages les petits sons que font malgré tout les choses comme le bruit de son pinceau ou du crayon sur le papier, le son du papier ou de ses pieds au sol. Elle en est surprise et amusée. Une autre fois, elle joue à tracer à la craie, au tableau noir plus grand qu’elle, des lignes verticales de toutes les couleurs en sautant pour atteindre la partie supérieure du tableau ; sa joie de l’effort physique lui permet d’oser des halètements que j’encourage et auxquelles je réponds en haletant moi-même par jeu. Toutes ses lignes grâce à ses sauts vers le ciel (?) organise le tableau en un ballet bondissant d’énergie.

A ma demande de terminer la séance par un dernier trait, elle dessine un rond et fait conjuguer toutes les lignes vers lui. Je lui dis combien je suis  émerveillée par la réponse du rond-soleil.

Elle se met elle aussi à inventer des bruitages ou des onomatopées d’une petite voix murmurée et nous nous répondons de cette façon en riant. Elle commence une autre séance en dessinant au tableau noir une grande bouche et m’adresse ensuite ses premiers mots! d’abord des mots courts et chuchotés puis, de séance en séance, elle s’enhardit, construit des phrases et se met à parler.

 

Mon homme au loup

Ce jeune homme fermé, lent, lourd et silencieux est presque inerte. Quand il m’a demandé avec hésitation d’aller voir les loups, j’ai reçu sa demande inhabituelle comme étant nécessaire et centrale. Rassuré par l’importance que j’accordais à sa demande, un lien réel a commencé à se construire entre nous.

Puis, il y eu ce moment de partage silencieux devant ce loup du Jardin des Plantes…

A notre retour dans l’institution, il a commencé un dessin : un bord de plage avec des amas de pierres. Les pierres, ô combien silencieuses, me semblaient, pour lui, être dans la même sensation de présence que ce loup. Pour moi, cela résonnait d’autant que j’avais travaillé récemment sur les pierres dans mon travail personnel. Cela construisait un lien de vie entre lui, son dessin et moi comme témoin… une couvaison vivante.

Il voulait créer la profondeur dans son dessin en disposant les pierres en perspective. Il voulait découvrir lui-même la 3ème dimension et je l’ai accompagné pas à pas en respectant sa lenteur d’élaboration, en acceptant ses erreurs, ses approximations car je ressentais l’enjeu vital de ses tentatives et il aurait été criminel de lui apporter des réponses toutes faites ; il fallait qu’il les découvre, en s’appuyant sur le simple témoin extrêmement attentif que j’étais. J’avais l’impression qu’il marchait sur le tranchant d’une lame ou d’un fil ; je devais soutenir par l’intensité de mon attention ce funambule qui pouvait à chaque instant tomber dans le vide. Quelque chose de très important se passait, en même temps qu’il avançait dans son dessin, chacun de ses traits l’arrimant à sa feuille, il semblait transformer et donner à sa densité physique, un espace, une étendue. Sa présence se modifiait, se déployait à chaque pierre bien posée sur la plage … Il avait trouvé un miroir : il appréhendait l’espace extérieur et prenait conscience d’un espace en lui.   Quand son dessin fut terminé, il se détacha de l’aimantation de son dessin et se tourna vers moi : son regard avait une lumière que je ne lui avais jamais vu.

Cela lui permis d’imaginer un chemin possible entre lui et le monde, qu’il vivait jusque là comme hostile, avec ses contraintes et ses lois; il n’y avait plus le désespoir d’ un abîme inéluctable.Mon homme

Du langage-objet à la chair du langage

Texte de la conférence donnée à l’occasion du Colloque de la FFAT en Mars 2017

La place du langage et plus souvent, de la parole dans l’accompagnement est délicat et pose beaucoup de questions.

Le langage verbal serait incapable de s’approcher du vécu, d’en rendre compte et pousserait à une posture objective qui fige. La mise en mots chosifierait l’expérience créatrice ou la dévaluerait comme étant juste éphémère et anodine.

De plus, la mise en mots dévoile notre vulnérabilité car elle nous confronte à cette incapacité de notre langage à être à la hauteur de l’expérience éprouvée. Du coup, il y a le risque de s’embourber dans l’explicatif, la justification ou la banalité.

La plupart du temps, que l’on soit en position d’art thérapeute ou de personne accompagnée, le langage se limiterait à du commentaire inutile ou nous acculerait à ce que nous avons voulu dire dans la forme, un « vouloir dire », qui ne peut, souvent, que nous fourvoyer, et stopper le mouvement qui nous porte en avant de nous vers ce mystère qu’est la forme.

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Dans les premiers temps de mise en création (surtout chez l’adulte), il y a souvent à endurer des moments de flottement et d’errance qui ont à se désencombrer de toutes ces questions que l’on peut se poser : « pourquoi je fais ça, ça sert à rien, de toute façon je ne saurais pas quoi en faire, ça n’a pas de sens etc. »

Quand j’ai commencé, je n’arrêtais pas de me dire « tais-toi ! tais-toi ! » ; je devais résister à la tentation de parler, car je pensais que ma parole éviterait à la personne cette phase fragile du flottement.

Grâce à ma stabilité et mon appui, une qualité d’attention silencieuse, je sais maintenant que cette 1ére phase si inconfortable pour elle et … pour moi, peut être essentielle pour laisser place ensuite à une autre phase où la personne va entrer dans l’écoute de ce que la mise en forme lui renvoie en termes de sensations, impressions, images, états d’âme…le mystère peut commencer à opérer… Continuer la lecture de Du langage-objet à la chair du langage

La sensorialité, soubassement du sensible.

Université Paris Descartes– Conférence donnée à l’occasion d’un séminaire sur « Ecrire le sensible à l’heure du numérique » en Novembre 2016

Le numérique intensifie la rupture avec le monde réel et plus particulièrement nous prive du monde des matières. Par ailleurs, on sait que l’une des conséquences du mal-être, c’est la rupture du rapport avec le corps et, par conséquence, la rupture du lien avec la matière.

Seul le corps a ce savoir des matières, il en est le dépositaire et l’opérateur.

J’aimerai insister sur l’un des axes essentiels de l’accompagnement en art thérapie qui est justement de favoriser la création ou la recréation du lien entre la personne et les matières du monde.

Cette rencontre avec le monde des matières est une des séquences fondatrices du processus créateur.

Cette première séquence du processus créateur, se situe donc bien avant la recherche d’une mise en forme, bien avant tout désir de représentation, figure ou dimension symbolique.

Le temps de l’expérience artistique est rythmé entre action et contemplation et il est bien sûr présent aussi dans cette expérience de la matière.

Quels sont les registres mobilisés par ce « corps » éveillé par les matières?

1ére phase : Il y a d’abord l’action du corps en rencontre avec la matière :

Cela nous renvoie à cette étape du tout petit enfant avant l’accès au langage (que Ferenczi nomme l’infans) qui, plongé dans la connaissance immédiate du monde, la découvre d’abord comme matière ; cette connaissance est ensuite oubliée ou sinon enfouie quand le monde s’organise par le langage.

Vous pouvez vous en souvenir en regardant le tout petit:  ces moments intenses, où l’on transvase gravement l’eau d’une casserole dans une autre, les graviers qu’on goûte et que l’on met en tas ou qu’on disperse ou de la patouille avec la terre d’un jardin, dans un temps ouvert qui semble inépuisable ? Continuer la lecture de La sensorialité, soubassement du sensible.