Archives par mot-clé : réflexions sur création

Montrer/cacher/voiler

L’image publicitaire montre tout (il n’y a rien d’autre à voir que ce qui est montré) ou avec une obscénité pernicieuse, instrumentalise le mystère du caché.
Montrer/cacher/voiler:
Dans toute image poétique authentique, ces 3 mouvements sont à l’œuvre, agissants dans un entrelacement infiniment fragile.
CézanneDans ce tableau de Cézanne, le garçon s’expose dans sa verticalité frontale, paisible, il est juste là dans l’évidence de sa nudité tendrement pudique, tout entier apparaissant et tout entier en retrait, les yeux baissés sur son monde intérieur et son seul pas attentif et incoercible qui ouvre l’espace jusqu’au bord du tableau.
Avancer en humain, en poète, ce serait ouvrir un espace « montré/caché/voilé » qui permet d’accomplir un pas …
J’oserai un rapprochement avec un tableau de Bellini, une vierge à l’enfant où l’enfant nu les yeux baissés comme sa mère vers son premier pas sur la tunique déroulée de la vierge qu’elle offre ainsi à son fils comme chemin.
BelliniJe trouve ce rapprochement d’autant plus légitime que Pietro Longhi, historien d’art, ne s’en privait pas, en rapprochant peinture renaissante et art moderne ; il voyait par exemple Piero della Francesca comme un précurseur de Cézanne.
Je le propose aussi pour faire d’autant plus voir/sentir la peinture de ce jeune garçon tel un apôtre profane dans sa mise à nu et son pas aussi décisif que celui de l’enfant.
Montrer/cacher/voiler : ces 3 mouvements indissolublement liés au cœur même de la peinture, nous en révèle l’humanité vibrante, dans la simplicité de la présence, à la lumière toute embuée d’un voilement de douceur comme neige qui tombe.

De l’informe à la non-forme

Extrait d’un article paru dans la revue « Art et thérapie » n°106/107
…Je choisis d’explorer ce passage où nous plonge avec inquiétude cette errance avant l’apparition de la forme, ce passage de l’informe à ce qu’on pourrait appeler la non-forme, la non-forme n’étant ni vraiment rien ni vraiment encore quelque chose…

La non-forme

Entre le rien et le quelque chose, que se joue-t-il ? Entre le fait d’être là ou de ne pas y être ? Entre exister et ne pas exister ?
Au lieu de s’agripper à tout indice de forme pour combler l’avidité à trouver du sens, au lieu de chercher à échapper le plus rapidement possible à cette séquence inconfortable et angoissante où rien ne se décide encore : s’y maintenir.
On renonce à cette tension vers la forme en apprivoisant notre peur de nous perdre avant cette frontière apaisante où les formes se posent, pour prendre le risque d’être traversé par ce qu’on reconnaîtra comme les premières lois d’émergence du vivant et de la création qui innervent toute matière.
Le pari est d’habiter ce lieu inhabitable, ce ‘non-lieu’, espace sans trace sans aucune empreinte qui y mène ou qui en sort, flottant hors de tout ; ce n’est ni ici, ni là -bas ; et pourtant, cela existe.


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