Tous les articles par Ruth

Mental et corps

Ce que fait le mental : organiser, réguler, contrôler, sens de la surface et des contours ; Son défaut : tentation de généraliser, d’uniformiser ; son cri de ralliement : tenir ! sa peur : se disperser, se perdre. Son talent : nommer. 

Ce que sait le corps : rythme, musicalité, espace et profondeur, jeu ; son défaut : se taire ; son cri à lui : jouir ! sa peur : disparaître ; Son talent : résonner. 

Mouvements et cheminement dans la découverte du site paysager de La Closerie Falbala de Dubuffet

La Closerie Falbala se présente comme une construction architecturée de jardin clos mais, aux dires du peintre, serait plutôt une image à habiter. 

C’est un dispositif qui semble pourtant appartenir au monde des choses et de leur fonctionnalité. Le lieu est puissamment évocateur avec son sol mouvementé où le corps ne demande qu’à se déployer. L’espace paysager et champêtre dynamise le corps : courir, marcher, sauter, enjamber, déambuler… jusqu’à l’envie de célébrer l’espace en le dansant. 

Mais, de temps en temps et de manière brutale, la blancheur immaculée de la construction aveugle et la rend intouchable ; les sinuosités noires inscrites sur la couleur neigeuse des blocs de béton aplatissent l’espace en étrange page d’écriture. 

L’éblouissement provoqué donne la sensation de survoler le sol alors que le moment d’avant, on se sentait en contact avec toutes les sinuosités du parcours. Le rapport du corps à l’espace n’a plus d’importance. On bascule dans une bi-dimensionnalité qui n’est plus gouvernée par les lois de la physique : la sensation d’être entouré de productions mentales, pures représentations spatiales qui ne peuvent se percevoir que par le mouvement de l’esprit. 

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A l’épreuve de l’irreprésentable

La représentation à l’épreuve de l’irreprésentable

Ce texte est issu d’une intervention au Séminaire mensuel à la Halle Saint-Pierre organisé par Jean-Pierre Klein en 2017 – Article à paraître prochainement dans la revue Art et Thérapie.

La représentation se trouve acculée à ses confins quand elle se confronte aux violences traumatiques sociétales ou intimes.

Est-il possible malgré tout de dépasser ce qui semble irreprésentable ?

Nous verrons comment des poètes et des artistes ont répondu à la puissance destructrice du processus mortifère par la vitalité salvatrice de la médiation.

La mise en œuvre peut alors être un « événement-avènement » en réinventant un langage qui puisse à nouveau s’adresser à notre humanité.

L’art thérapie dont la singularité est de mettre au cœur de l’accompagnement la médiation, confirme ainsi sa légitimité.

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Se questionner sur les limites de la représentation, sur ce qui est hors du pouvoir du « représenter » trouve sa tension la plus forte essentiellement dans la confrontation avec la violence du traumatisme.

Quelle est la nature de la puissance mortifère de ces traumatismes personnels et/ou sociétaux, quand on en est un témoin plus ou moins proche ou, d’autant plus, quand on en est victime ?

Les évènements traumatiques sont rejetés hors de la durée humaine, ce sont des évènements qui échappent à toute chronologie ; ils échappent à toute mémoire et en même temps sont immémoriaux et atemporels.

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Faire semblant

L’enfant fait semblant de tomber. Il jette des déchets par la fenêtre ou la cage d’escalier. Il se laisse lui-même tomber de sa hauteur. De la chute de son corps, il évolue vers un jeu sur la peinture qui va s’organiser peu à peu : dégoulinures, coulures, pluies de couleurs. En tant que peintre, cette utilisation de la matière picturale m’évoque le travail de Pollock et du dripping, de l’action Painting, des expressionnistes abstraits comme Mathieu.

La peinture est un miroir de ce sentiment intérieur de chute et qui lui échappe comme la peinture coulant sur le papier vertical ; elle en est l’exact reflet et cette adéquation le fascine : comme son corps mime un objet qui vomit, la peinture, pour lui, mime à sa place son propre ressentir. Cette découverte lui permet de jouer non plus comme sujet enfermé, subissant le fait de tomber mais comme sujet ouvert à la découverte et de jouer. Ce qui était angoisse ou crainte, se retourne en son contraire : le plaisir.