Tous les articles par Ruth

Un monde où trouver place

Ce monsieur que je reçois depuis des années, souffrant d’une maladie psychique stabilisée, ne s’était senti accepté jusque là que par le milieu médical qui avait su identifier ses troubles.

Il découvre maintenant un sentiment de fraternité avec les artistes dont on est amené à parler au cours de ses séances. Il dit trouver des frères chez les artistes et les poètes et a l’impression de rencontrer un monde où il peut enfin trouver sa place.

Le non-savoir

On pose les bases d’un défi poétique : tout en ayant “les yeux bandés”, ouvrir un dialogue avec la matière à qui nous donnons le pouvoir de nous guider.

La voie de l’énergie créatrice est cette force de connaissance émergeant des mouvements d’ignorance auxquels on décide de se soumettre.

La forme peut délivrer son enseignement mais reste gardienne du mystère qu’elle exprime. Elle a le même rôle que le fétiche et perdrait sa fonction magique si on en défaisait les liens et les tissus. C’est la préservation de son mystère qui la rend opérante.

Ensuite, il y a tout un travail pour s’en reconnaître l’auteur…

La lampe d’Aladin

Favoriser l’accès à une connaissance des matières peut être vécu comme une connaissance fondatrice qui donne l’impression de commencer quelque chose… c’est un commencement qui n’est pas anecdotique mais qui est perçu comme un commencement à la tonalité quasi-mythologique.

Une adulte âgée, ancienne professeure de mathématiques, me disait combien elle était rationnelle et ne voyait pas comment l’art thérapie pouvait lui être utile. Un jour, elle a eu envie d’essayer le fusain mais sans grande conviction. Elle a commencé à l’utiliser sagement comme un crayon mais, la séance d’après, le fusain s’est cassé et elle s’est rendue compte qu’elle pouvait écraser le fusain sous ses doigts. Elle m’a regardée de côté pour savoir si c’était correct de l’utiliser comme ça et a continué en frottant la poussière de fusain sur le papier. Je l’ai encouragée à trouver la juste vitesse, la bonne amplitude, à éveiller les sensations sous ses doigts et à impliquer son corps, ce qui l’a amenée à littéralement nager sur sa feuille! Elle eut un grand plaisir à nager ainsi toute une séance… Je sens qu’un imaginaire se lève  m’a-t-elle dit au bout d’une heure de nage. Etait apparue sur sa feuille, ce qu’elle a appelé sa lampe d’Aladin. Ce fut le début de tout un imaginaire… 

Mental et corps

Ce que fait le mental : organiser, réguler, contrôler, sens de la surface et des contours ; Son défaut : tentation de généraliser, d’uniformiser ; son cri de ralliement : tenir ! sa peur : se perdre. Son talent : nommer. 

Ce que sait le corps : rythme, musicalité, espace et profondeur, jeu ; son défaut : se taire ; son cri à lui : jouir ! sa peur : disparaître ; Son talent : résonner.