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Adolescence et création

Exemple d’une prise en charge d’un adolescent suivi en thérapie classique et en art-thérapie au Centre Médico-Psychologique de Créteil.

De grandes difficultés scolaires et une inhibition massive avaient amené sa mère à consulter en CMP.  Cet adolescent fut donc suivi par une thérapeute qui le recevait avec sa mère et est venu parallèlement à l’atelier d’art thérapie pendant 1 an.

La mère de cet adolescent sollicite initialement de l’aide pour un problème d’orientation.  Son fils a des résultats scolaires catastrophiques et doit être orienté vers une classe pour déficients. Il est silencieux et paraît indifférent à tout cela. A l’âge de 6 ans il avait perdu son père. Depuis, il s’était enfermé dans un silence et une passivité obstinés. Plusieurs tentatives de prise en charge psychologique ont eu lieu, et il y a toujours opposé le refus, et son silence.

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La valeur d’un fait

Ce petit garçon modèle  la “tête au carré” de ses frères avec qui il se bat et leur montre ensuite fièrement le modelage. Ce glissement de l’expression imagée à l’objet est libérateur pour lui ; l’objet créé mis dans la réalité, s’impose par l’évidence de sa présence. Il ne s’agit pas simplement d’une métaphore mais il y a là réalisation d’un objet qui a la force d’un fait.

A partir du moment où l’on donne forme, cela a la valeur d’un fait. 

“Cela a eu lieu “ dit Daniel Mesguisch “et rien ni personne ne peut le contester. ”

Espace disponible/espace habité

Cet enfant à la présence évanescente est comme un nuage. Il passe, et rien ne semble s’inscrire en lui. Son visage est sans expression, délavé par le manque d’intérêt de ses parents pour lui. Il dessine parfaitement au stylo bille des personnages de dessins animés que les autres enfants du groupe reconnaissent sans hésitation.

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Un jour, je lui propose de la peinture et un pinceau qui me semble avoir l’avantage d’être plus souple que son stylo ! je m’occupe alors d’autres enfants du groupe mais, à son cri, je me retourne : en quelques secondes, il avait peint un chien courant avec une vivacité de tracé inconnu pour lui. Il se détourne de sa peinture, stupéfait et gêné: je ne l’ai pas fait exprès!… et retourne à ses premiers dessins.
Cet espace d’expression qui se découvre soudainement disponible, était impossible à investir pour lui. Tout mon accompagnement consistera à l’aider à accepter et habiter peu à peu ce lieu vivant d’expression.

La présence

L’expérience vécue du sens qui s’incarne dans son corps est la charnière de toute approche artistique. J’oserai une métaphore religieuse : le mystère de l’annonciation me semble refléter le plus justement le mystère de la présence. Pour reprendre l’affirmation provocante de George Steiner, les arts étant les arts de la présence et du sens, la présence de Dieu est posée comme hypothèse, sinon, ils ne sont pas. Ce pari sur l’existence de Dieu n’est pas de l’ordre de la croyance, il ne s’agit bien sûr pas de répondre par oui ou non, mais de laisser cette possibilité ouverte afin de ne pas être enfermé dans une incohérence létale du fait artistique.

Un vrai tableau serait toujours un tableau ANNONCE et ceci est valable pour tout acte authentiquement artistique.Steiner dit que toute invention artistique contient la dimension de la prophétie du souvenir. Blanchot  parle, lui, de ce double mouvement ressenti en même temps comme effroyablement ancien et loin dans l’avenir.

L’œuvre : « Elle est toujours antérieure à tout commencement, elle est toujours déjà finie. Elle est toujours originelle et à tous moments commencement : ainsi paraît-elle ce qui est toujours nouveau, le mirage de la vérité inaccessible de l’avenir… et enfin elle est très ancienne, effroyablement ancienne, ce qui se perd dans la nuit des temps » voir p.309

A défaut de pouvoir remonter dans le temps du sens, si je cherche à creuser ce que la sensation de présence crée dans mon corps, si j’essaie d’approcher de cet appui, je me rends compte qu’il ne m’apparaît pas comme un élément en plus mais plutôt comme un supplément d’espace.

Cette présence serait espace…