Le statut de la forme: de la valeur existentielle à la valeur marchande

A partir du moment où l’œuvre est terminée, l’artiste met l’œuvre dans le monde à travers une exposition, l’achat d‘un collectionneur etc. L’œuvre, devenue autonome, se détache de l’auteur.
L’artiste doit donc accepter d’être dépossédée d’elle. L’artiste est autant en deuil de l’œuvre qu’il a fait naître que l’œuvre, d’une certaine façon, est orpheline de son auteur.
Bien au-delà de l’œuvre elle-même, ce besoin de reconnaissance oblige l’artiste, plus que le seul arrachement à sa production, à accepter implicitement qu’il y ait rapt d’une dimension plus vitale.
J’ai toujours trouvé insupportable cette déliaison dont la douleur résidait dans l’impression d’un don confisqué.
Pouvait-on se révolter contre ce statut de l’œuvre mise au monde socialement ?
Une autre façon plus profonde et plus authentique de retisser du lien entre œuvre intime et œuvre reconnue pouvait-elle être inventée ?
Le travail en formation avec des groupes m’a permis de comprendre mieux ce qui est en jeu dans ce passage. La consigne qui suit en donnera un exemple particulièrement intense.
En art thérapie, on cherche bien sûr à préserver, approfondir l’existence de ce rapport si précieux et délicat qui se tisse entre la production et celui qui l’a fait mais il faut aussi conquérir une densité par son inscription dans le cadre du groupe.
Pour qu’opère durablement ce qui s’incarne de sa forme grâce au lien de la personne à ce qu’elle fait, j’ai découvert qu’il y avait l’obligation d’en reconnaître la double alchimie : comme l’expérience d’un mythe en formation où se joue autant la royauté de l’intimité de chacun que sa légitimité secrète donnée par le groupe.
L’acte créateur total serait cette pleine circulation entre intériorité et extériorité et son retour dans l’acmé de sa présence au sein de sa communauté…
Extrait d’un article publié dans la revue Art & Thérapie Février 2008

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